La Plata, Argentine.

En chemise et café noir, la douceur de l’air et la lumière cristalline d’un ciel sans tâches. Le calme revenu, le plaisir. J’ai retrouvé une forme de voyage qui me plait, ma douce liberté solitaire de flâneuse. Pauses choisies.

Après avoir rebondie d’indications en confus détours, errante en erreur peut être au milieu des actifs ( blonde d’affaire enrobée de noir, amis smoking dont l’accent argenté me ravit, ça chuchote, ça chancele, pa cha, les travailleurs en casquette et les femmes en doublure de velours bleu foncé ), j’achète enfin mon billet. Huit pesos.

Dans le bus qui m’entraine vers La Plata, l’odeur close des corps éreintés et serrés me rappelle soudain les longs trajets des  Andes. Il y a presque deux ans. L’inconfort qui devenait mon nid, les animaux, la promiscuité, la nausée parfois dans les courbes et les virages, ballotée dans ce flacon à l’air vicié, prisonnier, ma tête frappant la vitre sale à chaque tournant mal pris… et le regard, le regard ailleurs, emmitouflé de rêves et de visions sublimes, contournant le labyrinthe de graisse et de poussière obstruant sa route pour se perdre aux confins du monde, des pentes extrêmes et des sommets divins, là où la montagne devient le ciel, où la limite repoussée se borde de précipices verts et sombres qui s’ouvraient comme mon coeur ivre enfin voyait, lui aussi, au delà de ce qui serait l’horizon.

Ces images, et mon sommeil. Epais comme de la laine d’alpaga, brut comme les Andes.

 

J’atterris, hagarde, Plaza d’Italia. Mes yeux s’essayent. Je suis sortie du bus au hasard, le soleil frappant sur la fenêtre m’appelait, et je n’avais pas la moindre envie de demander encore des informations, de quitter tout à fait la mollesse doucereuse du sommeil pour ordonner des mots, salives, vocales, dents et labiales, des sons agrippés ensemble que personne n’aurait su distinguer, une marmelade.

 

J’arrive, cheminant, à la Cathédrale. Une immense place et des jardins, une respiration dans la ville. Tout est calme, ici le mardi semble être un éternel dimanche, des familles s’attardent pour choisir des glaces pendant qu’un clown amuse les plus jeunes, des étudiants se baladent en groupe joyeux, sur les bancs des amoureux se regardent, silencieux et pleins d’une grandeur fascinante, des filles minces se mirent dans les vitrines puis s’évanouissent d’un pas léger dans la foule disperse…

Les ombres recouvrent peu à peu les façades distinguées des maisons coloniales.  Je voudrais garder la trace, reprendre le contour de ce balcon comme suspendu, palper le fer forgé et caresser les murs pâles. Je compte les larges fenêtres. Seize.

Je me maudis d’en savoir si peu en architecture, de ne pas pouvoir dessiner. Habiter de la main l’étage où l’on entrera jamais, faire cette porte sienne le temps d’un croquis et deviner le vestibule.

 

Au fond du gobelet de polystyrène, un peu de marc. Porvenir.

Le vent fait voler les serviettes de papier, bleues et blanches. Des drapeaux qui dansent.

Déambuler dans des rues numérotées. La Plata est une ville inventée, posée en voies parallèles et en soeurs perpendiculaires, méthodiquement, et malgré les quelques diagonales un peu dangeureuses qui viennent attaquer avec ironie la perfection de ce plan parfait, j’ai l’impression d’évoluer sur un damier.

Ville de migrants, un siècle de vie et quelques souvenirs. Les petits bois d’un vert tendre que l’automne finira par dorer, de petits lacs tranquilles où paressent quelques canards ébouriffés, c’est si beau quand les couleurs changent de robe au soir venant. La lente mort du soleil, par derrière les toits perchés.

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