Buenos Aires

J’entre dans un café. cet air si familier, dans les rues, les bars et les boutiques qui s’alignent sagement. Petite soeur de Paris.

Je commande un café noir, m’installe à une table : je vais pouvoir prendre le temps d’écrire un peu. Au fond, une télé grésille, et passe la rediffusion du match d’hier, que commentent avec animation les habitués du comptoir.

J’aime les cafés, je revois la bohème, ou simplement la solitude, celle qui ne m’effraie pas, qui s’adopte et se conquiert d’une épée ou d’une plume, la soledad peuplée de verbes sans étoffe, de bruits certes, mais e bruits doux et liquides, parce que seule je respire un vers, bois le mien, inspire.

Je rame en rive sans rime grave, je bois, je ne fais plus de pauses dans la virgule, ce sera illisible et puis tant pis, qui lira bien le dernier, personne ne verra rien, il n’y aura personne. Personne.

Il y a le bois d’une table et ma cuillère repose.

Dudas. Me quedo vacillando. Que podria ser un viaje, o sea, que viajante soy yo; a donde me llevan mis pasos, paso doble la melancolia. Liate conmigo.

« Respira Argentina! » me dit l’autre, l’incomprenant incompris, et dans la

coupe où il se noit il a surement raison, voyager seule et me perdre dans un chaos d’odeur, ça s’écrit sur la peau et dans les revers des coudes, ça s’avale et se crache, se soupire et se diagonale une ville, ça se méandre une ville, ça se respire .

Ecrire et happer l’air, les gouttes d’eau et les visages, tresser la pluie pour ne pas qu’elle tombe, pour lui donner un air et retrouver son visage.

Dans le poing serrer ou tondre la frustration maquillée en chagrin, un mensonge une excuse, ne pas attendre – expectativas – ne pas en attendre tant, dédoubler sa solitude et la faire double regard, apprendre à se désapprendre, marcher, lire et marcher.

J’erre au hasard dans les rues, le long de l’ancienne abattoir. La nuit tombe doucement. Je m’arrête devant une petite échoppe où s’entassent pèle-mêle vieux jouets, disques et meubles poussiéreux. Soudain, une musique surgit de l’arrière boutique, comme un cri trop longtemps retenu.

El tango crocheté à la peau de cire d’une poupée, celui que t’attendais pas, qui creuse tes boyaux et s’appelle passé, le tango inspiré qui a mille temps, oui même cette poupée oubliée là, sans âge et sa gamine à sa main pendue, cette poupée semblait danser, j’en perdais mes mots le regard égaré dans le bric à brac de cette échoppe d’une autre époque, personne au milieu de ces vieilleries brunes et ocres, rouillées, cassées, entassées, oubliées, personne et pourtant c’était tout plein d’âmes qui vivent à t’en morde ta solitude.

Un tourne disque qui crachote, on dirait la piste de bal, de fines rayures, noires, le tango ne finit plus, et à la porte l’unique personnage, qui fait tellement parti de ce tableau que je ne sais plus s’il pourrait se lever et voir encore le monde autour, ce vieux bonhomme au chapeau engoncé dans ces souvenirs et sa musique, le regard bandoneon plongé dans quelque part avant.

Pensif.

Et tout en lui résonne comme l’écho de ce tango.

A sa gauche-coeur, moi assise tout pareillement, sur le sol ou sur une marche, ça n’a plus d’importance, l’hiver a fondu, le froid aussi, même j’ai l’âme qui tremblote. Bougie flottante, la nuit de plomb et les lumières, artificielles celles-là, d’un abasto, un abattoir devenu marché, vendu au diable, vendu, où coulait le sang désormais se presse la foule, se compresse le passé assassiné, sans d’autres regrets que ceux d’un viel homme et de son électrophone.

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