Fortaleza, Brésil.

Blanc.

Heures de plages et de sommeil, mon quotidien monochrome et lisse, d’un blanc aveuglant comme la lumière qui  plisse les regards quand on approche l’Equateur.

Je m’endors dans le sable, dans le bus, sur les lits et des chaises de passage, sur les bancs et sous les arbres, un autre monde m’aspire et je ne suis qu’un corps qui rêve, sur une ligne horizontale.

La chaleur abat, c’est un fusil sans plomb, tu boum, tu clic, ça tombe en toi tu sais pas d’où ça part mais le bas te chavire, tu tangues vers le bas, le vertical t’ennuie ou plutôt tu ne tiens pas, les hommes sont des poissons sur le sol qui glissent, on est bien quand on dort, on est bien.

La chaleur m’abat, humide.

Oh pays tropical, tu m’étouffes un peu, et le vent que tu disperses ne me rend pas la souffle, mes poumons sous la mer. C’est un bonheur éparse que je tente de lier, recoller, qui se déchire et s’évanouie, on ne m’attrape pas semble-t-il chaque jour me dire.

Je veux la coalition, l’embrassement, et je m’éveille absente à ma vie, intruse larvée sur une étendue plane. Ame repassée, si fine qu’elle s’incruste dans le paysage, dans le cadre d’une simple photographie du monde. Et alors, tout se qui dépasse, ce n’est que corps, grotesque, peau peinte d’une soleil devenu ingrat.

 

Les hautes tours dans leur lumière de faste dominent aveuglement la favela. Tête haute. On entend les voitures, puis le roulement de la mère qui berce son fils, si petit le marmot. Les ruelles sont étroites, de la tôle et des briques, une poule parfois montre le bec , et des gosses toujours jouent au foot dans la poussière qui vole. Et toi, l’air con, la coeur pétri de tout, tu trouves ça beau quand le soir rougit.

Je ne réfléchis pas vraiment, mon cerveau est devenu une épaisse gélatine, transparente et molle, qui empêche les idées de naître. L’imbécilité certes foudroie, mais la mollesse de l’esprit fait agoniser lentement.

le soleil tombe, c’est fichtrement beau.

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Recife, Brésil.

Le hamac se balance, c’est la brise des matins d’azurs. J’aime Recife, l’agitation des rues et ces gens qui bourdonnent, les batisses coloniales, ces ruches désertées que le lierre sombre vient enlacer, étouffer à l’agonie. La beauté surannée et rustre à la fois, marcher sur le manteau d’une rêve. Je salue de mon oeil photographe les peinturees qui nous chuchotent, là sur les murs en lambeaux.

Comme un dernier chant au dernier souffle…

Et puis le fleuve tranquille, qui s’habille et se dénude tour à tour, également fascinant, rose d’enfance et brillance pastel aux prémonitions du soir, du grand soir. Au dessus, la ville tend son drap obscur et la poudre d’étoiles cherche son reflet à la surface des eaux, où voguent encore quelques barques esseulées, leurs longs corps de bois fendus de quelques chagrins et les filets vides sur leur flanc coloré.

Le flux des passants pas trop pressés, la nonchalance chaloupe des hanches, entre les églises rondes aux tours dressées. Je passe les portes des cabines dorées, ça explose en mille fleurs là dedans, baroqueries scintillantes et saints pêle-mêle, Jésus a les cheveux peignés et les poignets qui avalanchent du sang, des bouts de laine et du plâtre, l’horreur et la Bible qui se gonfle sur les murs sacrés.

Dehors. Courant d’air qui te claque.

Les ambulants inlassement font leur réclame sur le parvis d’une cathédrale où attendent, blottis sous de sales couvertures, de pauvres hères égarés, la mine abattue et le regard liquide, vague, tous égaux dans la misère, bruns et courbés sous la voute des Dieux.

La mer, outre-bleue, délavée et cendres, puis sa la jetée, qui traverse de Boa Viajem à la vieille Olinda.

La mer ne me quitte plus.