Montréal I

De nouveau fermer le sac où pour une poignée de semaine l’on fait tenir toute ça vie.  Déjà, déjà je vais quitter Montréal.

 

C’est étrange, j’ai  presque l’impression que tout m’est familier ici, comme si ces rues que arpentées tant de fois reconnaissaient enfin mon passage. Je ne dis pas « connaitre » la ville, au contraire je ne sais rien d’elle : c’est qu’il faut une vie je crois pour  apprendre une ville, une éternité de jours et de nuits à en parcourir le coeur, les silences, les alentours. Mais je parle de « reconnaissance », comme ces petits signes de tête un peu complices que l’on échange parfois quand le contact s’établit.

Ce ne fut pas facile. Les premiers jours, dans la grisaille, tordue en dedans par cette chape épaisse de nuages, je me sentais la triste spectatrice d’une ville dont je ne trouvais pas la porte.
Pas de lumière pour rendre chatoyantes les couleurs orangées carmins de la brique, pour donner du relier aux pavillons coquets et aux longues tours montrant le ciel. Rien, pas de souffle, rien que ce gris lourd et sans déchirure entourant toutes choses. J’en avais mal à la tête.
Impossible de saisir la corde vibrante, l’âme de la ville je veux dire, on entendait que la rumeur légère des voitures, pas une musique, pas une parole en l’air, et les rues presque désertes, à peine quelques ombres passantes, sans hâte et sans bruit. Et la vie, le feu, l’humeur?

J’avais peur de manquer la rencontre. De rester en surface, comme cela arrive souvent quand on ne reste que quelque jours à un endroit.  Je me disais pourquoi il y a des villes comme ça qui résistent, dont on semble rester dehors. Et d’autres qui tout de suite vous cogne, vous pénètre… Mexico, Istanbul, Buenos Aires, Marrachech, Porto…

En cherchant à comprendre, j’égrenais le nom de ces lieux, où l’on était plongé dans la vie bouillonnante, le tumulte et la beauté. Ou l’on écoutait leurs voix : les pierres qui parlent et tombent des vieux murs, des gens qui s’interpellent, des couleurs nouvelles… Tant de scènes minuscules que d’un battementde paupière on fixe sur la rétine, expèrant les garder en soi à tout jamais. Qu’est-ce qui me restera, de Montréal, de ces avenues longues et lisses, de ce calme toujours égal?

Voilà ce qui me traversait, trois jours après mon arrivée,  en regardant les tours du quartier d’affaire, assise sur les pentes du Mont Royal.

Mais je n’ai pas cédé. Mon insistance tenace, cette inquiétude au corps qui m’a fait marcher des heures et des heures, sans lassitude, a par chance fini par épouser la lumière : au matin du quatrième jour, il faisait beau. Et le soleil change tout, quand ses rayons couvrent la ville d’une lumière chaude et changeante, quand tout est ombre et or, alors enfin on est saisi.

Hier soir, en dévalant à nouveau les courbes vert tendre du Mont Royal, je me sentais émue. Heureuse, et bouleversée aussi par la lumière douce tombant sur la cime des arbres, illuminant les visages des passants tranquilles. Un dimanche soir avant l’automne. Je n’avais pas envie de partir.

 

C’est qu’elle est belle, la ville. Montréal. Elle me rappelle un peu Berlin, pour ces bicyclettes ailées plus nombreuses que les voitures, pour les parcs et l’herbe qu’on laisse pousser un peu partout, pour l’ambiance paisible et conviviale des petits bars, pour la tranquillité de ses habitants et les ruelles mal éclairées le soir, pour le compost aussi et les marchés bio… Et parce qu’on s’y retrouve le dimanche dans un grand parc pour chanter, boire et danser. Hier, je suis entrée dans le cercle des « Tamtams » : des gens de tout âge et de tout pays se retrouvent chaque semaine d’été pour écouter le rythme pénétrant de dizaines de tambours, et tous dansent, sourire aux lèvres, ensemble.

C’était incroyable…

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