Montréal II

Mon projet a plutôt bien avancé. Ici, on trouve de très nombreuses coopératives d’habitations.  J’ai surtout essayé d’aller dans des « coop » d’artistes, qui combinent logements, espaces de création et de partage des savoirs-faire, et lieux d’ouverture et de diffusion. La plupart du temps, elles allient à ce projet artistique toujours multidisciplinaire (on trouve dans une même coop des graveurs, des peintres, des musiciens, des acteurs, des joialliers…) une dimension politique et écologique, recyclant les eaux usées, faisant du compost pour leur potager…

L’un des artistes que j’ai rencontré, un ancien pâtissier lyonnais reconverti dans la sculpture et l’assemblage d’objets hétéroclytes (il était dans sa période parapluie!) m’a emmenée dans une fête de quartier, au coeur d’un éco-village. C’est un des autres aspects vraiment chouette de la ville : des ruelles sont laissées volontairement à l’abandon, on y laisse pousser la végétation comme si c’était un petit sentier de campagne, les gamins y jouent au ballon, les écureuils s’y baladent peinards… C’est très étonnant, dans le Sud Est de l’île (oui, rappelons le, Montréal c’est une île…), on trouve des tas de chemins comme ça, où après quelques pas, la terre souple sous les pieds et l’odeur de la menthe sauvage nous fait oublier que nous sommes en pleine ville.

Je suis donc allée à cette petite fête, donnée sur le terrain d’une maison ayant brûlé il y a une trentaine d’année et laissée aux herbes folles. A Paris, ce serait inimaginable. C’est aussi ce qui me fait penser à Berlin, ici il n’y a pas cette pression folle sur l’espace, on trouve encore des terrains vagues, des zones d’entre d’eux qu’on ne reconstruit pas  et qu’on laisse aux rêveurs et aux enfants… Ici, un petit groupe de voisins, aidés par Laurent l’artiste aux parapluies, avaient transformé ce coin de broussaille un lieu merveilleux : ils avaient installées des canapés, et aux arbres ils avaient accrochés des lampes faites en ombrelles, des vieilles photos des habitants du quartier. Il y avait un buffet libre, on m’a offert des sandwichs, de la bière, comme ça, avec le sourire. Sur la petite scène improvisée, un drôle de Toutankhamon bricolé par Laurent, des guirlandes de lumière, et bientot deux concerts, de ska reggae en québéco-espagnol, c’était vraiment sympa. J’ai dansé avec les voisins, bercée enfin par cet accent chaud et épais que j’aime tant, calice…

J’ai eu la chance de rencontrer des gens supers. Les premiers jours, j’ai habité dans le quartier Saint Denis, une ancienne zone ouvrière, toujours assez populaire, et très multiculturelle : tous les matins en passant devant l’école, j’entendais parler francais, espagnol, chinois, anglais, portugais…

Je dormais dans un hamac, chez de jeunes russes ayant passé deux ans à camper sur les routes d’Amérique du Sud avec qui je me suis très bien entendue. Nous avons discuté des heures, bière à la main, traversé ensemble la ville à vélo dans tous les sens, parlé anglais, espagnol, québécois, projeté des futurs voyages, cuisiné indien et français, j’ai pris le petit déjeuner avec toute la famille russe venue en visite, eux mélangeant sirop d’érable et dulce de leche sur des pancakes en parlant cette langue si étrange et si belle à mes oreilles.

Puis, je suis allée m’installer chez Emilie, une anglo-quebecoise que j’avais rencontré à l’hôtel où je bossais en juillet. Elle habite sur le Plateau, un quartier très animé et surtout francophone (d’ailleurs c’est fou le nombre de français que l’on croise ici…!), un peu bobo aussi, mais vraiment sympa. J’ai passé des heures à m’y baladant bouquinant dans les parcs ou à la terrasse des cafés, goutant bagels et poutine, me perdant dans les rues égales aux charmantes petites villas en brique, avec chacune son petit jardinet, et un escalier extérieur. Je suis montée jusqu’à Ostremond et Westmount, quartiers huppées aux belles maisons victoriennes  et à la pelouse parfaite. C’est vraiment une ville magnifique, et quelle bonheur de se promener dans des rues bordées d’arbres et de petites jardins… J’ai du mal à me représenter Montréal sous la neige…

 

Traditionnellement, la ville été divisée en deux par la rue Saint Laurent, avec à l’ouest les anglophones, et à l’est les francophones, mais maintenant les frontières se brouillent, et de nouvelles communautés ont fait leur apparition. C’est vraiment un gros melting pot, ça se sent dans la cuisine, dans l’esprit des gens, on entend parler toutes les langues… Mais contrairement à Paris je crois que les gens se mélangent d’avantage, sont plus ouverts. Les escaliers extérieures ont tous de petits paliers ou terrasses, ce qui permet déjà d’avoir un espace commun avec ses voisins. Dans un quartier, les gens se connaissent vite, papotent devant leurs portes et s’échangent les nouvelles… Emilie, qui habitait à Toronto et vient juste d’aménager à Montréal connait déjà ses voisins et les commerçants du coin ça m’épate! Quand je pense que je ne connais pas une seule personne de notre immeuble à Paris…

Emilie que je connaissais finalement à peine et qui m’a accueilli les bras grands ouverts a été une super hotesse. Elle m’a emmené bruncher (oh dios mio… ) dans un lieu marrant, on s’est baladé en vélo, on a été en boite (mais alors le DJ aux chiottes, d’après elle la vie nocturne est mieux à  Toronto…), on a fait le gros marché Jean Talon et goûté à des fromages québécois (elle a essayé de me convaincre que les canadiens font des bons fromages, après que je me sois moqué des cheddars et autres machins crémeux dégueulasses qu’on trouve partout ici… et ca vaut la peine d’essayer!), nous avons été été deux fois prendre le café chez le cordonnier du coin, un vieux syrien très drôle qui a voyagé dans le monde entier et nous a montré plein de photos de son pays…

J’aurais encore mille choses à vous raconter, mais ce message est déjà bien trop loin, et je veux en garder un peu pour mon retour! Simplement, quelques détails insolites qui m’ont fait sourire : c’est que même si Montréal à des airs  familiers ( la ville la plus européenne d’Amérique m’a-t-on assuré…), on peut tout de même être parfois surpris et dépaysé !

Dans les restau, il faut amenez sa bouteille : c’est écrit partout, apportez votre propre vin ! En fait, peu ont la licence qui est très chère, et de toute façon le vin est si « dispendieux » ici que dans un restaurant cela couterait les yeux de la tête. Mais les canadiens sont plutôt bière, ils en boivent plusieurs chaque jour, et d’ailleurs ont de nombreuses micro-brasseries qui produisent des bières délicieuses! J’ai testé blonde, rousse, dorée, au gingembre, au miel, à la citrouille, à la pêche… et ça reste un plaisir! Si le frigo est vide (ce qui est rare!), on va chercher son pack de bière chez le « dépanneur »… qui ne répare rien du tout, mais qui comme son nom l’indique, vous dépanne d’un sachet de riz ou d’une bouteille à toute heure du jour et de la nuit.

Les pharmacies ici sont immenses, on y trouve des crèmes, du maquillage, des médicaments biensur, mais aussi des cahiers d’école, des piles, du thon (oui!), et tout au fond généralement un petit bureau de poste… Bizarre! Une dernière chose qui m’a surprise, mais que je trouve vraiment cool : dans les rues on peut trouver des sortes d’horodateurs peinturler, qui permettent de faire des dons aux SDF, comme ça, en passant.

Une bien belle ville où vivre, un jour peut-être…

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