New York I

New York… Pour beaucoup ces mots évoquent  bien des images, les souvenirs émus d’un grand voyage, ou la grandeur d’une promesse à venir.

Moi j’appréhendais cette ville:  j’avais peur de la trouver trop froide et trop lisse, n’avais jamais été transportée par l’American Dream ni désiré me perdre dans la Grosse pomme jusqu’à l’éblouissement. C’est plutôt le sud qui m’attirait, soy del sur je chantais,  le sud de l’Italie, de l’Espagne Andalucia, du Mexique, les Andes, le Brésil…  l’Afrique, puis l’Asie…

Et pourtant, lorsque je suis arrivée, lorsque j’ai vu ce long chapelet d’immeubles aux teintes sombres et argentées se découper entre le ciel et l’eau, cette silhouette inouïe dans tout ce bleu là, je me suis sentie renversée. Il n’y avait plus de haut ni de bas, juste ces bras de métal et de verre immenses à agripper le toit du monde, et moi minuscule dans mon bus, heureuse, heureuse d’y venir enfin. Le métro m’a déglutie à l’angle de la 79th Street et de Broadway, sous le bleu encore et au milieu des gens, il y avait une église, des cafés partout et une femme qui riait, j’ai ris aussi, c’était comme une avalanche de joie pure, parce que c’était fou d’être là finalement, et que je m’attendais à tout, grandeur, démence, style,  sauf à ce que ça soit beau. Beau et accueillant je veux dire.

J’étais naive, un peu inculte surement : c’est simple  je ne savais pas. Qu’ici lever les yeux donnait envie d’être architecte. Que la brique, l’acier, le verre et la pierre. Le bois. Que des moulures et des colonnes, des toits.

J’y connais rien et me maudis tout bas. Parce que je suis là à chercher mes mots et que je ne peux rien décrire . Parce que ces murs ont une histoire et que je ne la sais pas. Je n’ai pas le champs lexical, pas de champs libre, je suis coincée dans mon deux mots-trois pièces, moi je parle juste la poésie muette des vieux murs déclinants, des tons pastels et des sentiers d’abandon, pas celle de cette richesse fantastique, de ces hauts buildings aux parois transparentes, de l’époustouflant luxe Art Déco ou des années Bahaus, ni de ces étages roses et de leurs escaliers de secours ou celle des vieilles bâtisses incroyablement sculptées qui veillent encore au milieu de Wall Street, et surement pas celle de l’exubérance de ces premières tours  qui sont nées là où leurs jeunes sœurs élancées leur font maintenant de l’ombre.

Alors je suis dans le pétrin. Parce que New York, c’est tout ça, ça s’inscrit sur tous les plans, s’étend après notre horizon et gonfle la verticale, propose une douce rupture puis explose la vue.

C’est trop grand, trop fou pour  tout embraser d’un seul regard. Il y a des villes comme ça dont on saisit l’atmosphère, et alors on s’essaye à les redonner en mots, en couleurs ou en poème. On chante Paris ou Rome, on peint Venise , et on se souvient de l’ambiance qui régnait au Caire, des rythmes de Salvador da Bahia ou de Ouaga. C’est immense mais ca tient dans un écrin, ça revient en vrac pour une odeur, une vieille chanson, un plat qu’on avait aimé là-bas.

Mais New York, comment la saisir ?

J’ai eu de la peine à entrer dans Montréal, à la sentir…et puis je l’ai aimée. New York je l’ai aimée, tout de suite, follement, mais je ne sais la dire.
Elle est mille visages, hauteurs et vertige, klaxons, et puis le calme tout à coup qu’on n’espérait même plus, allongé près d’un lac du vaste Central Park ou perdu entre les entrepôts de Brooklyn, elle est le verre, l’herbe et le bronze, le bruit et la fureur, la langue qui se réinvente, see ya chinois et voy palla, elle ne dort pas pourtant elle rêve, oui elle est pétrie de songes depuis toujours, de tous ces espoirs de rues en or, on sort, on danse, elle crie des sirènes insoutenables, elle blues, elle swing, je vous l’assure elle tangue encore, elle a la gueule fardée de lumières le soir, ailleurs elle devient noire, oh New York comment la dire, je n’en sais rien, ici la bohème paisible et là les grandes affaires, on joue, on tourne, à chaque coin de rue son paysage, alors je marche, ça d’accord, je marche, ça je peux le faire.

Marcher. C’est comme ça que j’apprends une ville. J’arpente, je glisse, me relève, c’est que ça vous colle à la semelle une ville, vous la gardez, la sentez, elle s’imprime un peu en vous à chaque pas, son dessin.


Je suis allée au Moma, qui est vraiment chouette. C’est drôle, car c’est peut être des toiles de Monet dont je garderais le souvenir le plus frappant. Je pensais ne pas être tellement touchée par sa peinture, mais c’est quelque chose voir ces immenses nénuphars qui emplissent toutes la pièce, et cette lumière presque irréelle qui transcende la toile…

J’ai tout de même préféré le Metropolitan, qui est « le Louvre » New Yorkais, avec des collections impressionnantes, bien sur impossibles à voir en un jour. Émue devant les Modigliani, les Degas, les Turner ou les Rembrandt , parce que sans que cela ait de lien ce sont des artistes que j’aime beaucoup.

Dans les commerces, les premiers jours, on me parle souvent un anglais incertain, teinté de la musique de l’espagnol… Alors je n’y peux rien, on me dit Thank you mamita je réponds de nada, je ne réfléchis pas, c’est tellement plus spontané pour moi. Ici, un tiers de la population vient d’Amérique du Sud, et la plupart de la petite main d’oeuvre des bouibouis et des supermarchés est d’origine latino. On peut donc aisément parler espagnol tout le temps à New york.

Mais c’est très mal. Je suis venue ici pour améliorer mon anglais, alors un peu d’efforts bon sang!

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