São Paulo : couleurs et impressions

São Paulo, dans leur langue à eux le nom chante et emplit la bouche.

Retrouver la ville qui la première fois  m’avait fascinée. Grandeur et décadence, s’égarer timidement dans une forêt de longues tours. Chaos de verre et de pierre, comme si les étages un par un avaient surgis de sous la croûte terrestre, sans ordre ni vergogne.

Le béton s’effrite, et des tâches humides le recouvrent par endroit. Un incroyable chantier. La ville… ce terrain de construction qui ne finit jamais. Des maisons s’effondrent entre les gratte-ciel, les immeubles restent nus à attendre qu’on leur donne un toit, à côté de minuscules appartements qui dorment et vieillissent sans que l’on ose y toucher.

Le chant du marteau piqueur et les ailes des grues immenses.

Il fait chaud. Le ciel brûle et se change, nouveaux atours, l’azur se voile de lambeaux de nuages, qui à leur tour en appellent à l’orage. Tout s’obscurcit. En dessous la ville se réinvente sous les ombres changeantes. Le ciel est presque noir, velour, puis de temps à autre, des éclairs éblouissants déchirent les ténèbres.

La pluie se déverse ; marcher sous l’orage, c’est comme  se tenir debout sous un torrent qui déferle.

Bastide disait «  Le Brésil, terre de contrastes ». Et c’est frappant. Les grandes fontaines et les vigiles trop bien habillés devant les centres commerciaux, les piscines sur les balcons des résidences, les boutiques de luxe…. et puis sur tous les trottoirs ces corps maigres et sales, qui dorment sous des cartons, partout, les yeux clos ou le regard hagard. Cheveux mêlés et pieds nus.

Bouffée de profonde tristesse. Tu marches et évites les petits tas de déchets et de couvertures, car souvent là-dessous tu sais qu’il y a quelqu’un. Des gosses qui mendient sans sourire et une femme agenouillée qui pleure. La misère découpe un peu notre respiration, la rend plus courte. Plus coupable presque.

Mais São Paulo est loin pourtant d’être une ville triste. Partout des dessins sur les murs, des cris dans la peinture, de la couleur sur les murs pas vraiment droits. Les trottoirs difforment au bitume inégal laissent entrevoir des pans de terre. Rouge, ocre, couleurs de sang et de vie.

On s’interpelle, partout les gens semblent se saluer, au milieu de la jungle urbaine on se sent au village, on se tutoie et se sourit.

Cette chaleur fait du bien. Les quelques amis que je retrouve et ceux que je rencontre à peine. Oubliée la bise qui frôle la joue, on s’embrasse vraiment,  on se sert affectueusement dans les bras, se touche avec grâce et douceur. Une joie de vivre, une langueur aussi dans les gestes des passants, on ne court pas, on se regarde, on prend sans tricher la mesure du temps. Quitte à venir en retard, l’heure n’a pas d’importance, ce qui compte c’est d’être finalement présent et souriant, à l’écoute.

C’est fou tout ce que j’avais oublié. Les premiers jours je me trompe, m’étonne à chaque nouvelle situation : pourquoi me demande-t-on mon CPF (numéro d’identité) au supermarché, ou encore mon numéro de téléphone au restaurant, pourquoi au bar je ne peux pas payer au comptoir, comment je passe le portique pour aller m’assoir dans la bonne partie du bus, pourquoi les prix changent tout le temps, et puis il faut lever le pouce pour dire « oui », que ce soit au serveur ou au banquier…

Doucement, je prends mes repères j’observe de loin ce que les autres font, avec l’élégance facile de l’habitude.

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