Narrativas da Periferia : figures d’enfance

Des visages éraflures,

ta peau paprika miel mélangé, ses courbes lisses et douces quand t’esquisses un sourire. Toi dans la poussière tu cours les pieds nus, le ballon vole et tu trébuches, une pierre, trois cailloux, sous le talon et dans les poches, course poursuite après la balle qui dévale l’étroite ruelle au sol couvert de détritus.

Les filles sourient et s’attrapent par le coude, cheveux pèle-mêle et genoux blessés, les jupes sont roses et un peu déchirées, « les jupes sont roses et belles, regarde », me disent tes yeux brillants. Duda, Thaïs, Lysia, Betina, ta maman chante quand elle t’appelle. La nuit tombe, les fleurs se recroquevillent et toi tu vas dormir o meu amor, o meur amor…

Sur le terrain de foot les garçons s’agitent, ils courent sur le béton à la peinture qui s’effrite, pelures et lambeaux de couleur, ils s’envoient tour à tour balle et morceaux de pneus, l’oeil fier quand ils atteignent enfin la cible, là entre les deux maigres poteaux dont le bois déjà s’incline.

L’évidence. Vous me regardez en riant, à la bascule je te vois t’élever et redescendre, t’élever et redescendre, et puis c’est à son tour, et puis c’est à ton tour encore. On se chamaille sans crier, on s’étonne d’un rien, on rit aux éclats, on tombe, on pleure. La belle innocence comme un ruisseau s’écoule, comme si derrière les murs râpés griset sales de la favela la fureur du monde ne savait se frayer un chemin. Comme si les mères ingénieuses  bricolant des festins avec des haricots noirs du riz et trois patates savaient masquer leur fatigue derrière leurs immortels sourires, et faire du quotidien un refuge tranquille, où la chaleur de leur giron serait chaque jour et chaque nuit le tendre berceau du monde pour tous ces bambins heureux.

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Um canto na parede

Là où pour un temps, je pose mes valises,

d’autres ont jeté des lignes courbes sur la rigueur des murs.

Des figures volées, d’étranges arabesques et des cris de colère,

tons sur tons déposés à même la pierre.

Les couleurs cravachent, des mots pour le dire, colère, amour, chagrin, ce fatras de sentiments que toi même tu ne démêles pas, s’apaise un peu au bout de la bombe qui pulse des losanges et des licornes sur le mur d’en face.

Graffitis Poèmes Déclaration

La ville murmure et gueule sous les doigts agiles des taggueurs, petit peuple de la nuit artiste et furieux qui esquisse tour à tour une foule un puit une forêt, sans bruit, sans arme, un peu de colle et de couleurs et voilà un paysage.

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Mario de Alencar, 217

Voilà.  J’habite ici. Chaque jour le même chemin, et de nouvelles trouvailles. Les pavés glissants après les heures de pluie, les fruits qui mûrissent jour après jour, des visages peints qui ornent soudain une façade voisine, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, les rires des filles qui dansent sur le samba du Pau Brasil, les pleurs d’un nouveau-né, le rouge profond de la terre que l’on retourne sur le rond point minuscule, le parfum des grillades le dimanche….

Tout est calme, enfilade de rues rues tranquilles aux arbres épanouis : je réalise la chance que j’ai de vivre un temps ici.

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Perles et cendres, São Paulo

Tout est familier, je disais, mais j’en connais si peu pourtant. Tant d’espaces de sons de gestes à apprendre encore, à découvrir en arpentant les rues de cette ville immense.

São Paulo tourne la tête, certains lui vouent une haine absolue quand d’autres pour sa diversité et ses folies la chérissent pleinement.

Complexe et tentaculaire, elle est la ville des contrastes les plus absolus : 11 millions d’habitants, plus de 7000 au kilomètre carré. Des résidences luxueuses  aux piscines à chaque balcon, que veille attentivement une armée de gardiens devant les hautes grilles, des maisons faites de planches et de tôle, des centres commerciaux aux entrées vitrées et clinquantes, des immeubles sombres, humides et fatigués où s’entassent des familles perdues, des petits jardins coquets et de précieuses mansions, des tours immenses, des boutiques de 5 m², des résidences aux façades entièrement recouvertes de tags et graffitis…

La plus tapageuse richesse côtoie la pauvreté la plus sidérante, de belles femmes en tailleur Chanel derrière les vitres teintées des taxis ignorent les hordes de miséreux qui dans le centre mendient, les prunelles floues de ceux qui ont fait du crack leur unique salut. Plus loin, les commerçants japonais ou coréens de Bom Retiro croisent les hommes en guenille qui poussent leurs chariots remplis de bouteilles sales, filant jusqu’à Vila Madalena récupérer les canettes que des étudiants insouciants auront jetées au sol, dansant du soir à l’aube dans le rue du quartier festif.



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On revient

Quelle étrange sensation celle du pied sur l’asphalte à la descente de l’avion, quand pour la première fois ce qui nous saisit est l’inverse du dépaysement.

Quand l’on reconnait l’exacte empreinte de l’air sur sa peau nue, la musique chatoyante de la langue poète, l’odeur des couloirs du métro, le dessin des rues que le bus parcoure et les brusques changements d’un ciel capricieux.

Tout est étrange et tout est familier.

 

 

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