Nuit brésilienne

Le tissu trop fin qui te colle à la peau, le monde à la surface glisse, perle, douce moiteur qui englobe le moindre de tes gestes.

Tu marches sans rien dire sur l’asphalte presque tiède, attentive aux failles et aux aspérités sous la mince semelle de tes ballerines, à l’écoute de la ville endormie que quelques oiseaux bercent tour à tour.

Ceux que tu croises ne disent rien, ils montent ou descendent la rue sans un mot, peut-être tout autant que toi à l’écoute de ce silence délicat tout entier cousu de la rumeur du centre, là où la vie ne semble jamais s’arrêter. Ce qu’il reste : le vent qui bruisse dans les feuilles, un rire étouffé, le chant d’un grillon. Tu imagines les notes sur la portée de lignes. Quand toute la musique folle des sambas, tous les tambours et tous les cris de ce pays joyeux enfin se taisent. Quand il n’y a plus que le son sourd de tes pas sur les routes et le bourdonnement de la ville lointaine , que ton propre souffle devient perceptible.

Tu l’aimes aussi alors, la grande cité. Lorsqu’elle est muette et délicate, avec ses toiles confuses de fils électriques dessinant des sentiers emmêlés sur le ciel pâle, avec ses tours cabossées, ses rues étroites et ses rares lampadaires aux lueurs vacillantes. Ici on n’éclaire pas la nuit. On lui laisse ses atours sombres, son mystère et sa violence. Les rayons de lune pour y voir amplement suffiront, pensent-ils là-haut.

Un chien. Un chien hurle et c’est une détonation, dans tes oreilles ses cris sonnent comme du verre pilé. Alors sur ta peau nue la mince chemise blanche se colle encore un peu davantage, et ta nuque devient humide sous la masse brune de tes cheveux défaits. En continuant ta route tu images la mer, la mer immense déployée devant toi, pas la plage non tu n’aimes pas tant la plage, juste cette étendue bleue et transparente qui se meut à tes pieds, comme si la ruelle soudain s’ouvrait sur l’océan et que tu pouvais y plonger, toute habillée toute nue peu importe, juste la sensation inouïe de l’eau entourant ton corps, de la fraîcheur enfin, perdre le poids de tes chairs et de tes chagrins pour t’ébattre dans l’écume, dans les vagues noires, dans la longue mer obscure de cette nuit d’été.

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