Couleurs et saveurs

Je crois que des semaines pourraient s’écouler ainsi sans que je ne me lasse jamais. La douceur de vivre du Brésil nous touche, la langueur des pays du Sud nous imprègne peu à peu, et nos esprits se délaissent de ce qui les tourmente, comme nos corps se relâchent et trouvent peu à peu le balancé tranquille des brésiliens.

Deux filles ont emménagé cette semaine à la maison : Marion, une française qui va étudier l’architecture à la USP, et Preena, une anglaise d’origine indienne en année sabbatique venue travailler dans une galerie d’art du quartier. Tout est si facile entre nous, ce matin nous paraissons  sur le canapé jusqu’à plus de midi, puis allons faire ensemble le marché d’où nous ramenons trois sacs à dos plein de trésors : deux énormes avocats, du fromage local, trois kilos d’orange, des courgettes, du manioc, du thé, cinq sortes de piments, une tranche de pastèque, des fruits de la passion, du citron vert, deux longues feuilles d’aloe vera… Rejointe par Elena, notre coloc italienne, on fera des nams au fromage et un délicieux guacamole, passant avec allégresse d’une pièce et d’une langue à l’autre.

Hier soir j’étais invitée chez Angela et Mister, deux artistes espagnols membres du collectif Basurama avec lequel j’avais mené un projet l’an dernier, où je retrouvais Ignatio, Clara, et Bruno. Je me sens si bien dans leur appartement aux couleurs claires : la véranda est devenu un jardin minuscule, les étagères débordent de livres illustrés, de films et de vinyles, aux murs sont accrochés incroyables dessins d’Angela et quelques photos, dans le salon un immense canapé orange, une guirlande de papier, une guitare, et sur la table de bois le plus fabuleux repas que l’on puisse imaginer.  Clara a ramené d’Espagne du fromage, du chorizo et des jambons serrano, nous avons une tapenade d’aubergines, de tomates et d’olives épicées, une salade de roquettes, poires et parmesan, de l’huile d’olive parfumée, j’ai fait un énorme pain aux céréales qui sort tout juste du four, et Ignacio ouvre une bouteille de vin chilien. Rien ne pourrait nous combler davantage, c’est tout ce qui nous manquait ici au Brésil où les habitudes alimentaires diffèrent tant des nôtres : la base de l’alimentation est un mélange de riz et d’haricots noirs, saupoudré de farofa, une semoule de manioc frite, qui peut devenir la célèbre feijoada si l’on y ajoute de la viande de porc. Les brésiliens consomment également beaucoup de salgadinhos, cuits dans la friture, que l’on peut acheter dans n’importe quel petit magasin ou kiosque de rue : coxinhas (littéralement petite cuisse), des sortes de beignets de poulets et d’oignons frits et couverts de chapelure, des pães de queijo, petites boules de tapioca soufflées au fromage,  bolinhos de bacalhau, de la morue frite et panée…

Le bonheur, ici, ce sont les fruits et les légumes. Chaque jour une rue du quartier  se transforme en un marché animé aux étals colorés, proposant à nos yeux étonnés d’incessantes découvertes : pas une fois où l’on ne goûte la chair d’un fruit venu du fin fond de l’Amazonie ou hume une épice encore inconnue la veille.

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Hier, après ce repas parfait, Bruno s’est mis à jouer des classiques brésiliens à la guitare, et projetant les paroles sur le mur nous chantions tous en coeur, heureux de cette chorale improvisée. Puis nous avons rejoint Preena et Marion devant le O’ de Borogodo, une institution de la Vila Madelena où j’ai passé bien des nuits l’an dernier. Chaque premier vendredi du mois, c’est Iones Papa et ses musiciens qui sont invités, un groupe qui joue des airs de candomblé (les cérémonies afro-brésiliennes) et célèbre les Orixas. L’exaltation se lit sur tous les visages, mouvements langoureux des corps enlacés voguant au rythme du samba, les notes aigües de la trompette puis les pulsations sourdes et puissantes des percussions résonnent longtemps en nous, et les yeux brillants nous dansons jusqu’à tard dans la nuit.

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