Toulouse à pas de velours.

Je me souviens de la première fois où j’ai voulu voir Toulouse.

Sans savoir vraiment à quoi elle ressemblait, il y a longtemps déjà j’avais rempli la fiche pour venir y étudier, saisie par le désir de vivir al sur. J’étais allée ailleurs, finalement, les racines et l’esprit sans doute encore un peu à l’ouest. Et puis un soir, vapeurs d’alcools dans un jardin des Lilas, on a dansé et une fille m’a dit « Viens, on prend le train, on part à Tolosa ».  Au départ, soleil pâle, sac et coeur pleins, personne n’attendait sur le quai et je suis partie seule.  La peau en surface et la vitre au front, paysages flous plongeant peu à peu dans la grande nuit sombre.

J’ai vue Toulouse naître avec l’aube, un matin de juin. Rose et paisible.

 J’ai marché, arpenté la ville, au hasard d’une carte inventée par mes seuls détours curieux. J’ai appelé les trois personnes que je connaissais ici. Un mexicain retourné dans son pays, un camarade classe occupé, une amie oubliant de répondre. L’auberge de jeunesse avait brûlé.

J’ai déambulé encore, jusqu’à une librairie connue où j’ai acheté cinq livres. Cinq livres abîmés, que d’autres avaient déjà lus, pétris, aimés ou non. Je me souviens surtout des mots de Camus, du soleil, de l’eau et du silence, « Noce » et puis « l’Eté » rivée à l’Algérie comme à mon banc de bois, fascinée. Le manège tournait, je ne marchais plus, mais tout pareil je lisais, allant à pas de velours sur des terres arides, où auparavant seule la parole de Kateb Yacine, si proche, si proche, avait su m’emmener.

J’ai laissé un message, pour un canapé, et les portes de la ville que je ne connaissais pas encore se sont soudain ouvertes. La douceur de vivre, l’art et les jardins, les heures  languissantes au bord de la Garonne, la danse et les herbes folles, la modulation tendre des espagnols apprivoisant ma langue, le bouquet de couleurs d’une balade au marché, l’Utopia et les places où les heureux se pressent. Ils m’ont fait entrer dans leur foyer, m’ont montré les lignes et les courbes de la ville où ils avaient grandi, m’ont donné l’envie de m’y poser aussi. Aujourd’hui ils attendent un enfant qui arrive, là-bas, sur l’île Kreol où ils se sont mariés. 

*

Cinq ans plus tard, un autre printemps. J’ai du déplier les doigts de toute une main pour mesurer le temps, opaque, qui en un grand coup de vent semblait avoir filé. Toulouse, à nouveau. Ma poitrine qui bat, le pavé, la brique.

Un jour de pluie. Cette fois c’est étrange, Tuluz ne me perd pas, je déambule et retrouve avec joie mon rêve familier, que les visages amis, d’elle et de lui, tissent le temps d’un thé à l’Argentine aimée.


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