Blanche Evora, Portugal.

Evora.

Des vignes bordent la longue route qui traverse l’Alentejo… Alem disso, de l’autre côté du Tage, les eaux coulent. L’herbe fauve, brûlée par le soleil, l’herbe haute et la terre safran ici, d’un brun sombre comme une peau sèche et tannée un peu plus loin, et puis les arbres mouvants, ensablés dans le paysage qui défile, le tronc noueux des oliviers que le regard enlace un bref instant.

De tout ce vert et de tout ce bronze, de cette palette chaude soutenant les esquisses et les songes paisibles surgira Evora. Loin de l’exubérance chaleureuse et confuse de Lisbonne, Evora semblait inspirer le silence : il fallait déjà que les pupilles s’ajustent à l’abondance soudaine de lumière, aux enfilades de murs immaculés, à cette ville entière d’une blancheur qu’un soleil au zénith rendait éblouissante.

Pavés clairs, lisses sous les premiers pas hésitants. La chaleur tombe, mes mouvements ralentissent, je marche encore un peu sous le ciel trop lourd. Bleu colbalt par dessus les tuiles, par dessus les murs blanchis à la chaud et les fenêtres closes, bleu intense et sans la moindre trace d’écume, qui répand sur le monde son revers d’océan.

L’ombre  – à l’inverse des peurs que la nuit encourage – devient alors un précieux refuge. Je parle avec Andra, dans la cuisine aux azulejos bleus et blancs. Ses cheveux bruns et courts, le débit tranquille et les accents roumains de la langue anglaise qui coule dans sa bouche,  ses mains qui s’affairent autour de l’enveloppe minuscule qu’elle accroche avec un mince cordon à une bière laissée en souvenir pour un ami absent. On parle de l’hospitalité, de ce que cela veut dire d’arriver quelque part, là où des gens que l’on ne connait pas encore vivent et respirent, de la place que l’on s’accorde ou que l’on nous donne, que parfois on ne trouve pas. Des liens, de ce qui résonne là où on n’attendait rien, où l’on n’entendait rien avant.

Quand je sors à nouveau, les blanches façades déjà rosissent un peu, ici une poignée de porte se dore et scintille, au loin les clochers des églises recueillent augustement les ultimes rayons que dispersent le ciel devenu d’ocre clair, et la ville s’apaise. Une cigogne lève la tête, sortant son mince cou du  grand nid de paille et de fils, là sur la cheminée d’une ancienne chapelle.

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