Paris se flâne

Sunday morning,

sur la platine tourne le vieux vinyle qu’avant nous nos parents tant de fois auront écouté, le café noir et lisse noie les heures dans la tasse ronde et la musique roule, fenêtres ouvertes un rayon sur la joue.

C’est le matin du monde, au zénith le soleil revenu emplit le ciel de sa douce couleur, bleue l’allégresse, bleus les chemins, bleue les marches qu’à pieds joints tous les deux nous sautons, bleue Paris si belle. Regarde le printemps est là, le printemps est bien là.

Paris. J’aime les détours que ton histoire suppose, les indociles ruelles où nous venons échouer, j’aime la brise légère aux fleurs des cerisiers et la mousse épaisse sur tes vieilles tombes. Entre les pavés des jardins miniatures : respirations, naissantes et fragiles, qui peuplent la ville de petites ondes vertes. Autour s’élèvent les façades, murs debout déjà depuis l’éternité, du doigt je trace leurs minces lignes de faille et les briques rosies, les briques serrées dans le ciment passé. Les arbres, leur ombre fraîche et les murmures au loin des boulevards agités : ici tout est tranquille, on pourrait presque entendre la naissance des fleurs qui s’ouvrent à la lumière dans un lent bruissement.

Ceux qui n’ont pas cherché, ceux qui n’ont vu que les droites avenues et les hauts monuments, la fatigue et la sueur, la foule au Sacré Coeur et le gris, ceux qui s’arrêtent aux trottoirs tachetés de détritus et aux moulures vieillies, à la cacophonie des artères, au dédale des métros, aux cris des réverbères, ne te connaissent pas, Paris.

Pour te saisir il faut se perdre, aimer l’errance, apprendre à s’étonner, tourner au hasard, et rebrousser chemin, flâneur incertain ressuscitant à chaque pas la mémoire des vieux marcheurs, ceux qui avant toi arpentèrent longuement la ville : Baudelaire,  Benjamin, Aragon, Breton, Debord, Sansot… Voguer de brèches en impasses brèves, pousser les portes closes, pénétrer les courcelles.

Chaque quartier à son âme, ses pulsations, son visage, que seuls les promeneurs patients peuvent tenter de saisir. Paris mon tour du monde, l’expérience de la perte et de l’autre, les incertitudes et les découvertes minuscules sous les portes cochères et les grilles et les fenêtres mises en scène. Paris l’indienne l’arabe la basque, la colérique et la paisible, Paris la black la mélangée, la vieille la chrysalide Paris Marianne Paris pavé Paris chinoise berbère latine, insoumise et bordélique, Paris qui rugit, Paris Irrueption Paris Paris Paris ce beau bordel où j’aime j’aime m’égarer souvent.

Paris bourgeonne, Paris raconte, Paris se flâne.

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