J’habite ici.

Ici. C’est ici que je m’arrête.

Tout commence toujours par un espace vide, disait Peter Brook. Ma chambre, cette place déserte qui invite à la danse :  va et vient entre les murs, sous les hauts plafonds noyés de lumières, sur le sol où voguent les vagues d’ombres que dessinent les files blanches de nuages et les branches du vieil arbre de la cour.

Chez moi. Habiter l’espace, c’est être capable de se raconter comment on le traverse et ce que l’on y voit. Je lis jambes nues, allongée dans les traces claires que projette le soleil sur mon balcon. Dessine, peins, accroche aux murs beiges des images d’ailleurs, pour faire un peu entrer le monde dans celui qui sera le mien les mois à venir. Sans racines je suis peut-être partout chez moi – sans que nulle place jamais ne m’appartienne.

Je m’acclimate aux lieux, me dépayse,  recentre les choses dispersées. Les cartes des villes nouvelles s’impriment doucement sur mes toiles intérieures, en lignes entrecroisées ; les ruelles, les cours et les chambres d’avant se superposent et se mêlent au paysage que j’habite pour un temps.

Les filles et moi apprivoisons doucement les lieux. Les premiers jours, on mange sur des couvercles, assises par terre ou sur des chaises sans barreaux. Les oranges pressées à l’unique cuillère s’écoulent dans les pots de confiture qui serviront de verres, et la salle de bain n’a pas encore de lumière. L’eau glisse dans le noir et le calme m’apaise quand la nuit vient. Pour habiller un peu l’espace on dessine à la craie des figures inventées sur les murs de la cuisine et de l’entrée. On se laisse des messages quand on part tôt le matin et ne rentre que tard le soir. Anissa peint sur la terrasse, Catherine rapporte des plantes aromatiques, des livres et un coussin fleuri. 

Il fait bon vivre, ici.

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