De l’importance des fleurs sur les balcons

Le balcon et les grands chamboulements, la vie qui chaloupe, du mot que j’illustre rieuse en ondulant des hanches à ma coloc québécoise, m’extasiant encore de nos deux langues si similaires et si différentes pourtant, avec entre les deux une place immense pour la poésie.

Un jour de grande chaleur je suis rentrée et l’arbre à ma porte-fenêtre s’était épanoui de mille fleurs, lourdes et blanches, délicates aussi. Elles sont tombées le surlendemain. Je garde trois images, et retiens l’émerveillement qui nous subjugue face à l’éphémère, et la grâce fragile des oiseaux de pétales.

Certains soirs, quand la chaleur retombe, j’arrose une par une les jolies plantes de la grande famille qui commence à peupler les vieilles planches. Menthe sauvage, thym, courgettes en fleur, millepertuis un sourire, fraisiers minuscules et frêles pieds de tomates qui accrochent un peu la rampe les jours de grand vent. L’odeur si particulière de l’eau qui coule sur les feuilles dépliées, du terreau sombre et humide et la nuit rafraîchissant le jour me ramène à mon enfance, là-bas, où vous êtes toujours.

Les branches dansent devant la lune pleine ce soir. Presque pleine.

 

le balcon à la mi-mai
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Les premières neiges

Le parc des Faubourgs que j’aime tant, où l’on se baigne dans les fontaines, où l’on lit, chante, joue, danse et se repose, dans un mélange de langues qui me ramène aussi vers mi tierra lejana. Barrio latino et dépanneur vietnamien, tatoueurs, fleurs et fresques, rue Ontario. Le trajet que chaque matin je fais à vélo. Et le coeur en joie, je marche sous les premiers flocons, nuées blanches et légères devant le soleil, en minuscules petits points blancs qui tournoient et scintillent.

 

 

Sérendipité, I

J’y reviendrais, mais depuis la belle conférence de Lucien et Suzanne Kroll au Pavillon de l’Arsenal cet automne, je pense beaucoup à la sérendipité, au regard que cela suppose sur le monde. Les mots de l’architecte fascinant désignaient enfin ce que j’aimais faire, cet état de l’esprit que j’essayais de cultiver dans les voyages et les marches et les vieux tangos de gribouille.

S’ouvrir, pour trouver par hasard ce que l’on ne cherchait pas.

La définition depuis le début du mois de mai accrochée au dessus de mon regard, là dans mon cubicule qui n’est plus beige.

Je dessinerai la nuit et peut-être pas ce jour

J’ai vite réalisé que je n’avais pas envie d’un dessin par jour. Que je ne savais pas faire, que ça ne m’allait pas de faire des croix sur les cases d’un calendrier comme pour me soulager, comme pour avoir le sentiment d’une mission bien remplie. Se donner le temps d’apprendre, oui, mais en gardant ce rythme de silences et de croches, une esquisse puis plus rien, très vite trois dessins et des mois sans peinture.

J’étire le temps ; ensuite le laisse couler. Les journées sont si pleines que lorsque je rejoins enfin la maison et le balcon, notre radeau de verdure, je me laisse porter, dériver aux hasards des envies, de ce qui reste…

 

 

 

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