Adormecida

Ni belle, ni princesse, ramassée contre une vitre aux stellaires dépouilles de poussière et de graisse, je m’endors bercée par le ballottement du bus de nuit. Les villes traversées se superposent dans un songe confus, pour des centaines d’heures et des milliers de kilomètres.

Les roues ricochent sur les grosses pierres de la mauvaise route qui trace d’Ayacucho à Cusco, et les odeurs d’une couche sale abandonnée sous mon siège m’écœure un peu. J’ouvre les yeux, écrasée par deux jours d’insomnie de valises  et d »avions, montagnes tropicales entre les lacets de brumes, c’est le Brésil, meu Brasil la toute première fois. Plus loin on me parle en arabe, Casa casa la blanche, je ris à chaque secousse du petit camion, et les grands oiseaux blancs volent au dessus des tristes décharges de nos restes laissés à ciel ouvert. C’est déjà l’aube, le ciel perce rouge et or, 48h heures après New York voilà la Nouvelle Orléans, visage raviné, façades pétries, usées, dévorées. Décombres.

Éveillée je regarde les autres dormir, me demande l’histoire à l’origine du long voyage et les rêves qui peuplent leurs nuits chahutées par les remous d’un bus de nuit.

bus night

Le lac de Cascapédia

Assis autour du feu nous écoutions l’histoire, de la naissance des monts, des grandes cascades et de la forêt épaisse. Le conteur marchait, et les flammes hautes venaient lêcher les visages calmes de l’ auditoire attentif, emmitouflé tout à la fois de mots, d’astres célestes et de ce souffle pâle d’un vent lointain, venus d’entre les cimes et d’entre les siècles, là où tout avait commencé.

 

lac de cascapédia