Syngué Sabour


L’âme écourte la saison blanche et sèche, alors que partout dehors la ville s’élance bombée de pluie. La marche est comme le métronome du coeur, douce et liquide cet après-midi, s’amourachant de mille gouttes empoignant nos visages, tel le baume d’un ciel clément qui comprend que les larmes sont dessous-dedans et qu’après l’orage tout ira bien, puisque tout roule, tout danse, et que même les fleuves les plus larges vers la mer s’en vont toujours.

Il pleut, sur la route des passants piétinent les feuilles d’ocre gonflée d’un ancien soleil ; et tout rappelle les longs mois d’un bel été, le bleu et l’or à la fleur de lys que portent leurs drapeaux, les robes fines qui se détendent soudain, sur les cordes entremêlées au vent canaille, et puis le fauve de son cou tendu, l’odeur de sel, les visages brunis, et puis le bronze mordoré de jambes nues sous le déluge et la musique de nos prochaines plages.

Cultivons cette petite danse, la sarabande des choses qui volettent et s’évanouissent autour de nous, et font sourire longtemps. Brûlons, brûlons pour l’autre bout de la Saint jean, c’est fin de l’été lançons ensemble les dernières cendres de cailloux. Et je tiendrai les vieilles pierres mon trésor tout contre moi, je les tiendrai embrassées, braise rouge sur sein nu et palpitation carnée, l’on se raconte un peu et nous dansons, dansons, dansons cachés.

Jour. Après, jour. Même si en plein milieu vient la nuit, si tout brûle et cuit pour qui ne sait attendre, le jour ensuite repointe ses lueurs. Irrémédiablement. On s’éveille, et ça va.

Syngué sabour, je me dis. Pierre de patience, les roches des plages de la lointaine Gaspésie roulant entre mes doigts. Je les retrouve dans une poche percée, le cuir d’un manteau et le fond d’un tiroir. Je peux attendre, j’en ai des cailloux qui ne sauront brûler, pour me montrer la voie dans les grandes forêts, Poucette sotte, cloche ricochette.

Syngué, syngué sabour.
Je n’ai pas peur d’attendre.

Les nuages là-haut pleurent quand je courbe le dos sur les ailes d’un vélo, et me voilà qui rigole dans la mince rive d’un caniveau. Je m’inonde de ces heureuses rivières qui nous coulent en dedans, et nettoient, polissent, ce que la vie à toujours d’abrupte et de sordide. Dans la terre et le feu et la peau de caillou, au milieu de tout cette eau là je sculpte les figures à venir : présence, silhouettes, rayures, du fleuve à la montagne je remonte la ville. Promesse…

pluie

 

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