L’orbe sacrée

Parfois j’ai envie d’avoir le corps mince et nerveux, tatoué surtout, une carapace râpeuse et longiligne, une gueule qui n’a peur de rien. Boire, fumer, vivre comme un serpent de nuit, scintillante, écaillée. Sentir contre ma poitrine la lame d’un couteau que je garderai caché, et à chaque mouvement onduler le buste pour éviter la blessure. House musique, deep inside. Ne plus savoir quand le jour commence et quand il faut se lever, danser, danser, mater le blues en priant les bras levés, corps lascifs au cœur d’une longue messe cosmique. Vivre dans l’orbe sacrée des basses répétitives, la musique comme comme un cercle sans fin, les hommes, les filles, les hommes. Modulations organiques qui répondent à leurs chairs, acides, acides et douces sur la langue, pleines et en transe, d’un luxe de peau offerte et de paumes tendues. On danse sous les halos d’une lumière crue et l’aurore ne vient pas, on se laisse éclore pourtant, fondre et naître à quelque chose de neuf. Deep, deep inside.
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Les lettres des jours blues

Il y a des jours un peu maussade, où l’on se sent tout croche, où les angles des murs nous cognent à chaque revers de parcours, nous écorchent et nous fendent. Où l’on ne sait pas bien, si l’on pourra rester, si les ailes qui nous poussent seront assez légères pour voler sans encombres jusqu’à la prochaine île.

Et puis on reçoit des lettres, de minces enveloppes peintes à la main et des paquets épais, des recettes de cuisine qui agitent les papilles et parfument la maison, des p’tits bouquins et des histoires d’ailleurs, des idées et des souvenirs, des images. On se surprend à rire tout seul en essayant devant la glace de reproduire les postures de yoga peuplant joyeuses une mince carte postale, on a le coeur qui gonfle un brin face au petit canard paumé dont l’égarement ce jour-là nous ressemble, et l’âme d’un coup étirée, grandie, de repenser aux détours de la vie et aux belles personnes qui croisèrent notre chemin à la fin d’un autre été.

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