A travers Paris

Ivresse légère quand notre avion s’incline, l’on voit depuis la vitre mon pays atterrir. Paris immense, Paris rendu à la grâce, au plaisir,  Ville Lumière diffractée cette fois au prisme d’un regard étranger, ébahi.

Le Pont Neuf qui vieillit, les lacets de la Seine que l’on dessine du doigt sur le grand toit brûlant, là tout en haut de l’Institut du Monde Arabe. Les fleurs à peine écloses, l’émerveillement printanier de ces jours bleus où se succèdent les rires des êtres aimés, manqués, dans l’herbe douce et interdite que malgré quelques sifflets l’on s’offre. C’est l’été, melon, parme et bières fraîches entre nos mains, c’est l’été qui fait sourire le moindre parisien et nous exalte nous réjouit, à 40 degrés de plus que le dernier hiver.

Longue cavale à vélib’, à trois puis deux dans les rues étroites, sur les pavés, les chemins, les avenues. Rouler, rouler encore, attraper au vol dans ce Paris pareil des images singulières, la découpe d’une tourelle, les remous de lumière dans les arbres alignés, les vitraux et les saints, gravures et portes cochères, épaulettes dorées et femmes d’opale, ces vétilles et détails qui composent le voyage, le vrai voyage dans la ville si longtemps habitée.

Marcher des heures, inlassament, recomposer les tableaux et les choeurs pour sa voix qui fredonne, chercher, cueillir, déchiffrer, se promettre qu’au retour on lira tant, qu’on refera le parcours dans les siècles et les jours, à travers notre Histoire et à travers Paris.

Ligne 13

Presque Barbès, dernier métro. « Tout va mieux », disent les lettres rouges du café dans la nuit, alors que très tard l’on s’enlace sur la ligne aérienne, tout va si mieux qu’ça va si bien rient mes yeux en silence.

Les portes s’ouvrent sur la place, et l’on marche dans les souterrains, serrés dans la foule qu’on dirait somnambule, changement, changement ! , ligne 13 cette fois la chance, le bon métro est là, à la Fourche on prendra l’autre ligne, et puis Asnières déjà, la grande maison et le jardin, la chambre.

Les lianes sur mes chevilles ne sont plus que de minces filaments, des cheveux d’ange puisque la poudre dort et que l’orage est loin, le passé est passé, certes aussi large que le fleuve, mais lorsque l’on se déleste de quelques pierres on n’en chavire plus, adieux vieilles amours, mes tourments aussi je vous quitte.

L’apaisement quand il ressemble au bonheur suppose que l’on accepte la part de l’ombre, cet inévitable spectre des soirs de douce mélancolie, de ces chagrins que le temps seul finira par polir. Et l’on s’y fait, presque tendrement, au flouté noir et triste qui ourle certaines saisons et certaines énigmes, verso de plus en plus rare mais bien fidèle de nos cheminements. Il est ce que le jour doit à la nuit, l’écrin de velours qui prudemment révèle l’éclat de nos joies franches et des autres folies, nous permettant alors de les saisir pleinement, scintillantes.