Blocos de Rua, Vila Madalena

Ce dimanche, plus de 15 000 personnes sont venues défiler dans les rues de la Vila Madalena, suivant avec joie et ferveur le cortège des musiciens du O’de Borogodo et le Bloco carnavalesque Nois Trupica Mais Não Cai…

Chapeaux à fleurs ou à grelots, masques incongrus, maquillages colorés, couronnes ou loups de dentelle, tout le monde dansait une bière à la main le long du parcours, reprenant en choeur les paroles des chansons les plus connues.

Tant d’énergie laisse présager que le Carnaval de Rio, où nous nous rendons en fin de semaine, sera haut en couleur et plein d’allégresse !

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Um canto na parede

Là où pour un temps, je pose mes valises,

d’autres ont jeté des lignes courbes sur la rigueur des murs.

Des figures volées, d’étranges arabesques et des cris de colère,

tons sur tons déposés à même la pierre.

Les couleurs cravachent, des mots pour le dire, colère, amour, chagrin, ce fatras de sentiments que toi même tu ne démêles pas, s’apaise un peu au bout de la bombe qui pulse des losanges et des licornes sur le mur d’en face.

Graffitis Poèmes Déclaration

La ville murmure et gueule sous les doigts agiles des taggueurs, petit peuple de la nuit artiste et furieux qui esquisse tour à tour une foule un puit une forêt, sans bruit, sans arme, un peu de colle et de couleurs et voilà un paysage.

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Rio de Janeiro

Allongée sur la plage. Rio la tête à l’envers, le bleu sans la douleur, qui partout en moi se répand.

En dessous les corps tannés de soleil, brillants d’huile et de crème, les corps innocents et incertains des enfants qui jouent et les vieux corps des amants lassés. Les jambes infinies des filles en jupes courtes et le ventre musclé des joueurs de volley ; la peau qui se décline en mille tons de lumière sous celle clair des cieux de midi.

Ipanema. Ipanema ce n’est plus un nom mais un précieux sésame,  le doux cri d’une bossa nova, la table d’un café fameux et le sable fin déroulé au pied des vagues qui s’écroulent, immenses.

De toute part on ne trouve que beauté.

Et l’âme, l’âme épanouie enfin, qui s’étire, sort de son carcan étroit et se tisse aux bruits, aux parfums, aux humeurs, l’âme  qui s’ étend, s’étend encore et se fait l’égale de l’infini du ciel.

Plus jamais après Rio elle ne pourra rentrer dans une petite boîte.

Il y a deux ans nous avions grimpé jusqu’au grand Christ de pierre qui domine de ses bras ouverts la ville que nous aimions.

Plus un doute devant le sublime : voilà, voilà, nous entrions au paradis. Douces collines aux pentes verdoyantes, longues plages claires bordant l’océan d’un bleu profond comme un regard, troublant, et la ville au creux de cette nature reine, luxuriante, la ville comme un songe, un cri d’amour des hommes à leur terre-mère, comme un tableau d’hier, des taches colorées et discrètes, des rues, des toits, une cité irréelle nichée dans les bras du monde, et puis au loin les îles et les montagnes, embrassés d’une brume légère, rêveuse, déposant ci et là ses baisers vaporeux.

Au delà de tout ce que j’avais pu voir auparavant. J’étais restée stupéfaite, muette et immobile devant tant de grâce et de beauté. Comme si soudain, toutes les choses du monde avaient trouvé ici bas leur place.

Mais sous les bras du Corcovado qui semble, silencieux, veiller sur la cité merveilleuse, il y a tout ce qu’on ne voit pas. Il y a la lente asfixie des travailleurs, les yeux voilés et l’âme fourbue, il y a cette foutue violence que je ne comprends pas, les sombres trafics et les enfants qui s’agrippent aux sacs des passants puis disparaissent en une nuée de petites mains. Il y a la folie des nuits de Lapa, l’alcool à flot et les rythmes sourds des tambours africains, les filles à-demi nues et la bouche des travestis. Il y a Vigario, Rocinha et le Morro da Fé et leurs milliers d’habitants, les opérations insensées de nettoyages qui les laissent les bras ballants et le cœur pétrifié, les dommages collatéraux et les balles perdues dans les ruelles étroites, la connerie et l’argent qui leur brûle les doigts. Il y a la colle et les regards fous, le crack et les mains moites. Les touristes sur la plage, les gamins qui tapent pieds nus dans des bouteilles et crient à chaque but, les femmes-enfants, les catadores qui récupèrent les cannettes et le carton dans les poubelles défaites, les estropiés, ceux qui torse-nu courent le long de la plage, les filles en cheveux et en bikini…

Tout cela, tu ne le vois que lorsque tu descends, descends de ton paradis là-haut, que tu te colles le nez aux façades qui dégringolent, aux odeurs écoeurantes des sacs crevés, à la misère et au chagrin, que tu arpentes sans fin les rues en enfilade, que comme eux tu t’assoies au bar collant d’un boteco pour prendre un petit café et un salgado, que tu écoutes les voix cassées, l’espoir, la joie, que tu ouvres tes bras comme ils t’ouvrent les leurs.

Je revenais à Rio de Janeiro, pour la troisième fois…

La feira, le marché

J’aime me promener dans les feiras, ces petits marchés qui poussent un matin par semaine sur un coin de bitume et peuplent la rue d’odeurs gourmandes et de cris joyeux.Les marchants alpaguent, rieurs, les filles en jupe pour leur vendre des fraises, et répètent inlassament la promotion du jour.

Autour du stand de pasteis (de grands beignets de pâte frite que l’on fourre de fromage, de petits oignons, de viande et de légumes) les gens s’agitent : c’est un rituel que de s’y arrêter, pour manger un pastel de fromage ou a la portuguesa, les sacs négligemment jetés sous le comptoir en plastique où s’étale une variété impressionnante de sauces pimentées.

Des enfants, une paille dans la bouche, sirotent du caldo de cana, l’eau de la noix de coco encore verte, en balançant les jambes au rythme du cavaquinho, cette petite guitare portugaise à quatre corde que joue un vieux musicien pour les acheteurs tranquilles.

Le ventre tombant sous la robe à fleur un peu passée, les mères de famille emplissent des caddies brinquebalants, qui souvent vacillent lorsqu’un passant lassé de la foule hâte le pas pour les dépasser. Les tomates roulent, roulent sur le sol terreux…

Les noms de fruit comme des poèmes, des mantras que l’on récite doucement, ils roulent et ricochent sur les langues d’ici, je les entends tinter, sonner, valser… Maracuja, le fruit de la passion, pessêgo, maçâ, nespera, et tous ces autres inconnus aux si vives couleurs.

L’açai, ces petites baies violettes que l’on mange glacées, avec du yaourt, de la banane et des céréales.

Banana-abacaxi, banana-maça*… les associations rêveuses que l’on goûte avec curiosité, tentant d’imaginer celui qui rapprocha d’une simple banane le parfum d’une pomme ou de l’ananas… Il existe d’autres combinaisons, comme les laranja-pera, les oranges au goût de poire.

Amour du métissage, des musiques mêlées de sable et de vent, même les fruits sont devenus mélanges.

 

Pour 6 reais, soit moins de 2,50€, voilà ma petite récolte :

*

* : banane-ananas et banane pomme

** : orange-poire

Le Minhocão

Tout autour à la verticale. Des pierres dressées dont l’on fait des maisons. On s’y abrite du chaos, de la ville bruyante.

Sur les fenêtres brisées le soleil miroite. Un peu d’air passe.

Les murs éraflés, par les pleurs et le souffle du temps, le bruit des voitures ronflantes et les pluies tropicales.

Les murs griffés, par la mémoire et le vent,  la violence et les douleurs. Il a fait nuit longtemps, ici.

Je marche sur le Minhocão. Voie suspendue entre l’asphalte et le gris bleu du ciel. Poussières. On a livré le béton aux jeux des enfants, qui déambulent en rires et en trombe, légers, légers comme des oiseaux les plumes en l’air. Ils courent sur la route, dépassent d’imaginaires voitures et frappent dans une balle blanche.

Le Minhocão.  Monstre urbain rectiligne que mille Thésée viennent abattre. On a repeint le labyrinthe, on y invente un jardin le temps d’une journée. Poussent les arbres, poussent, et sous nos pieds une pelouse de plastique où les couples se prélassent, enlacés à l’ombre des immeubles inquiets, la gueule penchée sur la ville qui repose.

Oublié le brouhaha quotidien, les klaxons et les files interminables de carrosses tous égaux où l’humain meurt un peu. Trafic, trafic.

On marche doucement, avec précaution sur ce chemin de bitume, on y jette pêle-mêle peintures rêves et souliers, et puis pieds nus on danse un peu, parce que c’est beau d’être là, au dessus de la ville, au dessus des bus des taxis des voitures, de la folie des gens et de l’habitude.

Un petit feu sur la pierre, des amis font cuire des brochettes et des marshmallows. A côté des piscines minuscules où barbotent des minots cheveux en bataille, ravis de cette flotte qui dégouline et que l’on balance en pluie scintillante face au soleil.

Un monde qui s’allonge, qui prend son temps et regarde à l’envers. Qui dessine sur le béton, les visages et le ciel, un dimanche hors du temps.