La marche des paysages – Colombie

Premiers rosissements de l’aube pâle, un peu avant l’apparition du soleil il faut prendre la route, sur les chemins de terre cuivrée qui nous mènent au cœur de la Vallée de Cocora. Les immenses palmiers à cire se dressent, gracieux et impériaux, balançant leur chevelure à plus de 50 mètres du sol. Nous partons pour trois jours dans le Parque de los Nevados, pour atteindre la cime du Paramillo del Quindio, à 4750 mètres au dessus des mers. La marche sera longue.

L’on traverse tour à tour des paysages fabuleux : jungles épaisses aux ponts de corde tendus par dessus l’impétueux courant, forêt mythiques où d’entre les épaisses fougères émergent les chants d’invisibles esprits, plateaux parsemés de frailejones, ces étranges fleurs semblables à des cactus, pentes abruptes d’un volcan à la cendre presque orangée, vallées marécageuses aux îles minuscules et fluorescentes, sommets boisés que les volutes de brumes enlacent et découvrent inlassablement…

Le corps souffre, incliné contre les parois, enlisé dans les restes de lave et la boue épaisse, en équilibre précaire sur les passerelles qui sont les seuls liens entre les flans de montagne, mais la vue est si belle, à chaque heure renouvelée on s’extasie sur les métamorphoses du décor, et l’appétit du monde nous pousse à garder le cap, debout, heureux, ensemble,

pas après pas.

 

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Grenoble

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Trois monts entourent la ville où je m’éveille.

De la buée sur la fenêtre du salon,

Et les notes d’un vieux jazz à la radio grésillent.

 

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Nous roulons en silence sur les feuilles aux couleurs d’ocre,

L’automne met de l’or aux branches des vieux arbres,

Et très haut on voit de la neige embrasser le ciel pâle.

 

Les gens ici marchent tranquillement, sans presse,

Dissipés sur des trottoirs larges.

 

Dans le centre plus tard il y a aura la foule,

Pour l’éviter on franchit un portail,

Réfugiés derrière les murs épais, au cœur d’un jardin miniscule

Que dont rien ne viendra perturber le calme.

 

Un pont enjambe l’Isère,

et les couleurs des façades paisibles le long de la rive

Me rappellent ce que j’aime à Lyon.

 

Un sentier serpente vers la Bastille qui surplombe la ville,

Les pieds ricochent sur les cailloux et la terre brune, et

Au dessus de nos têtes, le vol régulier du funiculaire.

La lumière baisse à l’inverse de notre lente ascension :

Bientôt ce sera la nuit.

 

La nuit : quel spectacle !

Un grand tapis sombre troué de mille lumières,

les voies qui traversent la cité et les fenêtres éclairées.

On distingue au lointain la rumeur murmurante de ceux qui vivent ici-bas.

Et puis, tout autour,les silhouettes éthérées des montagnes dont les couleurs tendres se déclinent sur la toile obscure du ciel qui à chaque instant se teint d’un noir plus profond. La lune derrière les filaments de nuages diffuse ses mélancoliques lueurs, une note claire au milieu de cette sombre étendue.

La montagne nous aspire, les rues ne sont plus que de minuscules tracés de lumière, et les hommes ont disparu.

Au soir le monde au-delà du monde nous a déposé.

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