Transparence

 

 
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Messieurs Bitume

Flâneur fâné je suis vidé, pas d’bol pas d’pétales les copains, j’ai un peu faim, sans blague sans dec’ je crève la dalle. Sur le ciment, tu vois bien.

J’ai l’sac percé la mâchoire cabossée, les mains dans la crasse je t’appelle : tu dis rien. Les yeux brûlés j’suis qu’un gamin. En vain. J’t’appelle mais tu dis rien.

Je me frotte à la ville qui m’arrache la peau, m’arrache au sommeil à la vie, je ne suis pas beau. J’ai pas d’oseille et puis j’ai pas d’pot.

Qu’est-ce que j’foue ici, tu m’dis. J’ai pas d’ailleurs, j’ai pas de sortie.

Le jour je cause, je fais ma vie, rien de morose, mais rien d’joli-joli. Poubelle, cigarettes, pieds nus, voilà le dessin. Je dors un peu, j’ai toujours faim. São Paulo nous prend, et nous dégueule, c’est violent. Oon naît la dedans,  s’aime on se détruit, on s’haine et on s’oublie. On se miaule, on se plante. A coup de couteau, à coup de dents.

J’attends. Assis par terre, tous les jours j’attends.

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Blocos de Rua, Vila Madalena

Ce dimanche, plus de 15 000 personnes sont venues défiler dans les rues de la Vila Madalena, suivant avec joie et ferveur le cortège des musiciens du O’de Borogodo et le Bloco carnavalesque Nois Trupica Mais Não Cai…

Chapeaux à fleurs ou à grelots, masques incongrus, maquillages colorés, couronnes ou loups de dentelle, tout le monde dansait une bière à la main le long du parcours, reprenant en choeur les paroles des chansons les plus connues.

Tant d’énergie laisse présager que le Carnaval de Rio, où nous nous rendons en fin de semaine, sera haut en couleur et plein d’allégresse !

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Veilles de Carnaval : Ensaio da Perola Negra

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques jours du Carnaval, les répétitions des Ecoles de samba s’enchaînent aux quatre coins de São Paulo. Deux fois par semaine, mon quartier vibre au son des percussions, les habitants envahissent les rues et se pressent pour assister aux essais de l’école qu’ils supportent.

Née dans les années 1970, la Pérola Negra défile depuis 2007 dans « le groupe spécial », la crème des crèmes des Ecoles de samba de la ville. Cette année, le thème choisi pour le défilé est un hommage à la célèbre pièce de théâtre brésilienne Auto da Compadecida, une œuvre un peu folle parlant des pêchés des hommes et de leur relation au spirituelle.

Pablo, mon coloc brésilien, propose ce soir de nous y emmener avec deux de ses amis. Dans la rue, la bière coule à flot, et une dizaine de petits kiosques occupent les trottoirs proposant en vrac du pipoca, le pop-corn local, desbrochettes de viande, des hot-dogs et des boissons. Après nous être acquitté des 10 reais du billet d’entrée, nous pénétrons à l’intérieur d’un immense hangar où une foule compact se presse déjà. Très vite, nous sommes entraînés au coeur du cortège: on nous remet un petit éventail coloré où sont inscrites les paroles de l’hymne de cette année, et une jeune fille enthousiaste marque les mouvements du défilé.

Ainsi la distance s’abolie spontanément entre danseurs et spectateurs, puisque tous sont invités à reprendre les paroles de cette chanson entêtante et à suivre les « passistas », les danseurs du défilé : bahianaises en robes blanches, turban et longs colliers de perles, jeunes filles en minuscules bikini à strass, familles entières aux couleurs de leur école…  La batucada donne le ton, la musique pulse et les participants battent des mains au rythme des percussions dans un mouvement général de joie exaltée. Deux heures défilent ainsi dans la pure euphorie, tous chantant en boucle le même morceau d’une seule voix, marquant le pas de samba avec une souplesse et une énergie que rien ne semble pouvoir faire faiblir.

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Nuit brésilienne

Le tissu trop fin qui te colle à la peau, le monde à la surface glisse, perle, douce moiteur qui englobe le moindre de tes gestes.

Tu marches sans rien dire sur l’asphalte presque tiède, attentive aux failles et aux aspérités sous la mince semelle de tes ballerines, à l’écoute de la ville endormie que quelques oiseaux bercent tour à tour.

Ceux que tu croises ne disent rien, ils montent ou descendent la rue sans un mot, peut-être tout autant que toi à l’écoute de ce silence délicat tout entier cousu de la rumeur du centre, là où la vie ne semble jamais s’arrêter. Ce qu’il reste : le vent qui bruisse dans les feuilles, un rire étouffé, le chant d’un grillon. Tu imagines les notes sur la portée de lignes. Quand toute la musique folle des sambas, tous les tambours et tous les cris de ce pays joyeux enfin se taisent. Quand il n’y a plus que le son sourd de tes pas sur les routes et le bourdonnement de la ville lointaine , que ton propre souffle devient perceptible.

Tu l’aimes aussi alors, la grande cité. Lorsqu’elle est muette et délicate, avec ses toiles confuses de fils électriques dessinant des sentiers emmêlés sur le ciel pâle, avec ses tours cabossées, ses rues étroites et ses rares lampadaires aux lueurs vacillantes. Ici on n’éclaire pas la nuit. On lui laisse ses atours sombres, son mystère et sa violence. Les rayons de lune pour y voir amplement suffiront, pensent-ils là-haut.

Un chien. Un chien hurle et c’est une détonation, dans tes oreilles ses cris sonnent comme du verre pilé. Alors sur ta peau nue la mince chemise blanche se colle encore un peu davantage, et ta nuque devient humide sous la masse brune de tes cheveux défaits. En continuant ta route tu images la mer, la mer immense déployée devant toi, pas la plage non tu n’aimes pas tant la plage, juste cette étendue bleue et transparente qui se meut à tes pieds, comme si la ruelle soudain s’ouvrait sur l’océan et que tu pouvais y plonger, toute habillée toute nue peu importe, juste la sensation inouïe de l’eau entourant ton corps, de la fraîcheur enfin, perdre le poids de tes chairs et de tes chagrins pour t’ébattre dans l’écume, dans les vagues noires, dans la longue mer obscure de cette nuit d’été.

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Um canto na parede

Là où pour un temps, je pose mes valises,

d’autres ont jeté des lignes courbes sur la rigueur des murs.

Des figures volées, d’étranges arabesques et des cris de colère,

tons sur tons déposés à même la pierre.

Les couleurs cravachent, des mots pour le dire, colère, amour, chagrin, ce fatras de sentiments que toi même tu ne démêles pas, s’apaise un peu au bout de la bombe qui pulse des losanges et des licornes sur le mur d’en face.

Graffitis Poèmes Déclaration

La ville murmure et gueule sous les doigts agiles des taggueurs, petit peuple de la nuit artiste et furieux qui esquisse tour à tour une foule un puit une forêt, sans bruit, sans arme, un peu de colle et de couleurs et voilà un paysage.

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