Blocos de Rua, Vila Madalena

Ce dimanche, plus de 15 000 personnes sont venues défiler dans les rues de la Vila Madalena, suivant avec joie et ferveur le cortège des musiciens du O’de Borogodo et le Bloco carnavalesque Nois Trupica Mais Não Cai…

Chapeaux à fleurs ou à grelots, masques incongrus, maquillages colorés, couronnes ou loups de dentelle, tout le monde dansait une bière à la main le long du parcours, reprenant en choeur les paroles des chansons les plus connues.

Tant d’énergie laisse présager que le Carnaval de Rio, où nous nous rendons en fin de semaine, sera haut en couleur et plein d’allégresse !

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Veilles de Carnaval : Ensaio da Perola Negra

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques jours du Carnaval, les répétitions des Ecoles de samba s’enchaînent aux quatre coins de São Paulo. Deux fois par semaine, mon quartier vibre au son des percussions, les habitants envahissent les rues et se pressent pour assister aux essais de l’école qu’ils supportent.

Née dans les années 1970, la Pérola Negra défile depuis 2007 dans « le groupe spécial », la crème des crèmes des Ecoles de samba de la ville. Cette année, le thème choisi pour le défilé est un hommage à la célèbre pièce de théâtre brésilienne Auto da Compadecida, une œuvre un peu folle parlant des pêchés des hommes et de leur relation au spirituelle.

Pablo, mon coloc brésilien, propose ce soir de nous y emmener avec deux de ses amis. Dans la rue, la bière coule à flot, et une dizaine de petits kiosques occupent les trottoirs proposant en vrac du pipoca, le pop-corn local, desbrochettes de viande, des hot-dogs et des boissons. Après nous être acquitté des 10 reais du billet d’entrée, nous pénétrons à l’intérieur d’un immense hangar où une foule compact se presse déjà. Très vite, nous sommes entraînés au coeur du cortège: on nous remet un petit éventail coloré où sont inscrites les paroles de l’hymne de cette année, et une jeune fille enthousiaste marque les mouvements du défilé.

Ainsi la distance s’abolie spontanément entre danseurs et spectateurs, puisque tous sont invités à reprendre les paroles de cette chanson entêtante et à suivre les « passistas », les danseurs du défilé : bahianaises en robes blanches, turban et longs colliers de perles, jeunes filles en minuscules bikini à strass, familles entières aux couleurs de leur école…  La batucada donne le ton, la musique pulse et les participants battent des mains au rythme des percussions dans un mouvement général de joie exaltée. Deux heures défilent ainsi dans la pure euphorie, tous chantant en boucle le même morceau d’une seule voix, marquant le pas de samba avec une souplesse et une énergie que rien ne semble pouvoir faire faiblir.

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Um canto na parede

Là où pour un temps, je pose mes valises,

d’autres ont jeté des lignes courbes sur la rigueur des murs.

Des figures volées, d’étranges arabesques et des cris de colère,

tons sur tons déposés à même la pierre.

Les couleurs cravachent, des mots pour le dire, colère, amour, chagrin, ce fatras de sentiments que toi même tu ne démêles pas, s’apaise un peu au bout de la bombe qui pulse des losanges et des licornes sur le mur d’en face.

Graffitis Poèmes Déclaration

La ville murmure et gueule sous les doigts agiles des taggueurs, petit peuple de la nuit artiste et furieux qui esquisse tour à tour une foule un puit une forêt, sans bruit, sans arme, un peu de colle et de couleurs et voilà un paysage.

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Vila Madalena

Vila Madalena. A deux rues d’où j’habite. La bohème sous les arbres aux larges feuilles qui font de l’ombre aux terrasses. Il fait chaud et on se prélasse, un cocktail fruité et deux oranges pressées, c’est le temps rêvé de la détente et de l’allégresse. Les chagrins fondent au soleil de midi.

São Paulo… il y a longtemps je te croyais sombre et menaçante, opacité noyée de nuages noirs et de lourdes pluies, je voyais le gris de tes immeubles poussant à l’infini dans nos champs de vision, la fumée des voitures et des lames brillantes, des larmes.

Pourtant, ce qui m’a frappé lorsque je suis arrivée, lorsque je t’ai connue, c’est ton incroyable lumière : troublante et vive, changeante et animée, la ville s’illumine sous les rayons de ton ciel fascinant, radieux pour quelques heures et puis triste et tourmenté.

La ville les yeux en l’air, on renverse de l’eau sur les visages tendus, tes habitants qui pleuvent, un soupir, le toit du monde qui pleure, soupir encore.

Ici, de la musique s’échappe des fenêtres toujours ouvertes. Je vois de longs doigts fins qui courent sur les cordes d’une guitare, la voix rauque parle d’amour et puis de sommeil, le reste je ne l’entendrai pas. Plus loin, un samba rebondit sur les murs de l’étroite ruelle, le cavinquiho agile et le rythme du pandeiro, les pieds dansent, trébuchent sur le sol inégal.

Des pavés sur le sable. Je vois des herbes folles qui s’agrippent aux pierres grises, des fleurs qui font des courbettes gracieuses sur les poteaux de bois, le lierre grimpant sur les façades des petites maisons. Une clôture bleu ciel.

Oubliés les hauteurs vertigineuses des immeubles inégaux, le métal et le verre. Nous voilà au village, tranquilles, le chant des oiseaux couvrant la rumeur des voitures queue leu leu. Un klaxon, puis le calme revient, les talons d’une fille aux cheveux longs.

On m’avait dit « l’infinitude de béton » ; et voilà de grands arbres, une pelouse vert-pimpant, des buissons fleuris au bord des minces trottoirs, et surtout la luxuriance paisible de la Mata Atlantica, forêt tropicale, qui même si on l’a en grande partie tristement détruite enchante encore un peu le bitume de la ville.

Je dévale la pente. Une boutique de jouets, du caramel artisanal, un joli magasin de vêtements de seconde main, un « brecho » comme on les appelle ici. Plus loin de enfilades de bars animés, de lanchonetes où l’on s’arrête prendre un café et un salgado, à toute heure du jour, les restaurants chinois, italiens, portugais, japonais, les rires des enfants qui jouent et les jupes qui s’ouvrent au souffle du vent, la vie est belle ici, un peu plus belle que là-bas.